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  • Interview – Dans lʼunivers de Véronique de Saint Vaulry : psychologie du cheval, art et écriture

    Interview – Dans lʼunivers de Véronique de Saint Vaulry : psychologie du cheval, art et écriture

    Bonjour !
    Comprendre le cheval, c’est une démarche profonde. Ce guide offert vous accompagne sur le terrain avec 16 conseils pour partir en balade en confiance. 🙂

    Véronique de Saint Vaulry est passionnée par la psychologie du cheval.
    Cʼest lʼune des grandes références de lʼéquitation dʼextérieur en France, notamment avec ses livres Le Cheval dʼextérieur, Quand le cheval a peur et Embarquer son cheval : problèmes et solutions.
    Cavalière de Trec, elle a aussi écrit pour de nombreux magazines équestres : Cheval Pratique, Atout Cheval, Cheval Loisirs et Cheval Magazine.

    Artiste, Véronique de Saint Vaulry peint, dessine et sculpte. Vous pouvez dʼailleurs regarder ses magnifiques créations sur son site web.
    La ligne directrice de tout cela, elle tient en un mot : les chevaux.

    Je suis ravie de lui consacrer aujourdʼhui un article et je la remercie dʼavoir pris le temps de répondre à mes questions.

    Véronique, comment tʼes venue ta passion pour les chevaux ?

    “Cʼest arrivé sûrement toute petite, mes premiers dessins cʼétait des chevaux, je me souviens quand on se baladait avec mes parents jʼétais obsédée par les traces de chevaux quʼon pouvait voir dans les chemins et je rêvais dʼenfin cesser de marcher et monter sur un cheval. Truc de paresseux (rire). ça vient de très loin, cʼest difficile à expliquer.”

    veronique de saint vaulry et alto
    Véronique de Saint Vaulry avec son cheval Alto

     

    Beaucoup de cavaliers rêvent dʼavoir leur cheval, ça commence souvent dès lʼenfance, cʼest un rêve de petite fille, de petit garçon, mais comment trouver finalement le bon compagnon de route, peux-tu nous raconter comment tu as trouvé Alto, ton premier cheval ?

    “Alors jʼai eu de la chance parce que pour mes parents, il était hors de question de mʼoffrir un cheval. ça mʼa permis dʼapprendre pendant des années et dʼêtre prête à accueillir mon cheval. Je pense que jʼavais 20 ans quand je lʼai eu, et jʼavais eu le temps dʼengranger des tas de connaissances, pas assez évidemment, je pense quʼil faut savoir lʼattendre et lʼespérer ce cheval, peut-être avoir un peu dʼautonomie financière aussi, cʼest toujours bien.

    Jʼenvie aussi ceux qui peuvent avoir un cheval plus tôt. Jʼai rencontré beaucoup dʼados dans mon parcours, il y a parfois un manque de maturité qui vient aux dépens du cheval et parfois il y a des jeunes qui sont très ouverts, très curieux et qui sont prêts.
    Avant il y avait très peu de matériel pour se former, maintenant avec le clavier au bout des doigts on peut avoir réponse à nos questions, se former est plus facile, il est possible dʼavoir son cheval plus tôt si on est un peu curieux.”

    Pour Alto, je gagnais un peu dʼargent, je finissais mes études et je donnais des cours particuliers. Jʼai rassemblé mes sous économisés (grâce aux cours de français et dʼanglais), jʼavais une petite cagnotte et jʼavais prévu dʼacheter un des chevaux que jʼavais débourré chez mon oncle (tous les étés jʼallais débourrer des chevaux chez lui, il était éleveur de chevaux auvergne). Il y avait une apaloosa que jʼavais repéré, bref jʼavais cette petite cagnotte pour l’appaloosa et quand jʼen ai parlé à mon oncle il mʼa dit “ah mais on lʼa offert à ta cousine donc tu ne peux plus lʼavoir”. Ma cousine bien embêtée me dit “Attends y a une copine dont la jument a eu un poulain et là elle mʼenvoie les photos dʼun petit sanglier (rires) avec une jolie tête et je lʼai acheté sur photo sans en savoir plus.”

    Il avait quel âge ?

    “Je lʼai acheté au sevrage. Cʼest la chance de ma vie, cʼétait un cheval magnifique qui nʼa pas eu de problème de santé de toute sa vie, un mental ! Il y avait un petit peu de barbe, un peu dʼarabe, probablement un petit peu de gros, on nʼa pas su mais alors quel cheval ! Quelle chance de tomber sur un cheval comme ça pour commencer !”

    Dʼaprès toi, quels sont les critères importants quand on cherche un cheval dʼextérieur ?

    “Il y en a plein (rires).
    Le premier cʼest de se connaître. Il y a une grande différence entre ceux qui ont déjà eu peur à cheval et ceux qui sont dans la sérénité de la relation. Si on a connu ce sentiment de peur il faut être très prudent sur lʼachat du cheval, il faut prendre un cheval qui a des réactions lentes, ce quʼon appelle un cheval froid, moi jʼappelle ça un double croupe, du côté des chevaux qui ont moins de sang, à la limite un jour on se dira quʼil nʼavance pas assez mais on ne se fera pas peur. Il y a ce côté là : est-ce quʼon est très en confiance ou pas ?
    Et puis il y a le niveau quʼon a : il y a des chevaux qui sont très fins (les espagnols, les pur-sangs), si on a un petit niveau il faut un cheval un peu tolérant à nos maladresses.

    La vitesse de réaction est un point important : entre un demi-tour en un quart de secondes et un demi-tour en trois secondes, le résultat nʼest pas forcément le même ! (rires)

    La formation du cheval, sʼil faut la donner cʼest plus intéressant, mais cela dépend de notre niveau.

    La chose la plus précieuse au monde cʼest un cheval à vendre habitué à sortir en extérieur, peur de rien, facile, qui lève pas les fesses, pour moi ça vaut de lʼor. ça existe, jʼen vois passer, avec raison les prix montent quand même mais je trouve quʼils sont sous cotés ces très bons chevaux dʼextérieur, ils devraient valoir beaucoup plus.”

    Veronique de saint vaulry
    Véronique de Saint Vaulry et Hexane

     

    Bon du coup cʼest tant mieux pour tous les cavaliers dʼextérieur !

    “Oui !”

    Tu es artiste aussi : tu sculptes, tu peins. Comment sʼest fait la transition de la carrière à lʼatelier de peintre ? Du cheval à sa représentation ?

    “Jʼai commencé par le dessin parce que quand on nʼa pas de cheval on sʼen construit. Jʼen dessinais, je faisais des fresques interminables sur les murs de ma chambre, je sculptais de lʼargile enfant, et finalement jʼai développé cette partie artistique quand jʼai commencé à écrire. Jʼavais besoin dʼillustrations alors pendant des années jʼai fait des aquarelles pour illustrer mes articles, mes livres. Je faisais des dessins assez réalistes, je voulais quʼon se rende compte que ce nʼétait pas une invention, que cʼétait vraiment une situation réelle. Jʼai toujours gardé cette volonté de réalisme, rester proche du vrai cheval.

    Ce qui est marrant cʼest que le fait de dessiner mʼa permis de me rendre compte de petits détails qui mʼauraient échappé si y avait pas eu cette partie là. Par exemple je me souviens, je prône beaucoup le travail rênes longues, je prenais le dessin dʼun cheval qui nʼétait pas rênes longues et je faisais un dessin où je le mettais rênes longues et je mʼapercevais que quelque chose ne collait pas, si on met le cheval rênes longues il prend une attitude différente, et du coup jʼai creusé : pourquoi lʼattitude est différente ? Quʼest-ce que ça apporte ? Cʼest une sorte dʼaller et retour. Cʼest très vrai pour les photos aussi : quand on regarde une photo de très près on voit des choses qui pourraient échapper à l’œil. ça mʼest arrivé aussi quand je faisais des vidéos, ça mʼa aidée à comprendre certaines petits détails de ce quʼil ne faut pas faire quand le cheval a peur, comprendre pourquoi tout à coup le cheval qui a peur et est arrêté fait demi-tour et en fait la vidéo ou la photo permet de voir que cʼest au moment où le cavalier met les jambes, cʼest ça qui déclenche le mouvement. Les petits trucs que jʼexplique dans mes livres, je les ai trouvés dans un aller retour permanent entre le dessin, la photo, la vidéo, etc.

    Cʼest comme si on avait des yeux plus affutés quand on utilise ces moyens là.”

    aquarelle veronique de saint vaulry
    Aquarelle

     

    Cʼest très intéressant, le côté dessin, sculpture te donne un nouvel éclairage pour mieux comprendre les chevaux, cʼest bien ça ?

    “Oui ça mʼa vraiment aidé à comprendre des choses, des détails qui ont lʼair de rien quʼon arrive à expliquer en quelques phrases, qui paraissent évidents, mais il y a 15 ans de recherche derrière, cʼest évident quand quelquʼun lʼa trouvé (rires).
    La sculpture cʼest dans les années 2000 que jʼen ai fait. Jʼai eu envie dʼessayer la voie artistique pour compléter mes revenus dans lʼespoir que la partie artistique puisse remplacer lʼenseignement (jʼétais prof de lettres). Je me suis remise à sculpter, jʼai commencé à faire des bronzes, cʼest une opération complexe et coûteuse, jʼai fait un premier bronze, deux, jʼen ai vendu un, deux, jʼen ai refait dʼautres, etc. À lʼépoque ça a démarré super bien, très optimiste jʼai arrêté lʼenseignement. Je me suis retrouvée avec mes deux métiers passions : écriture et peinture sculpture et en fait il faudrait un métier plus stable.

    Il faut que les gens se rendent comptent : un livre qui coûte 50 euros, il y a à peine 5 euros pour lʼécrivain. Le reste cʼest pour lʼéditeur, ceux qui vendent. Il faut vraiment en vendre des milliers. Je sais que jʼai aidé des cavaliers à se réconcilier avec leur cheval donc cʼest vraiment une vocation. Jʼaimerais bien gagner ma vie comme ça mais en fait non.”

    bronze veronique de saint vaulry
    Bronze

     

    Il y a un vrai problème avec la rémunération des auteurs…

    “Cʼest comme ça pour tout le monde. Mon problème cʼest que quand jʼécris un livre je mets entre trois et cinq ans et quand je fais une réédition je mets deux ans. Je viens de faire la 6ème édition de Communiquer avec son cheval, je mets deux ans. Si je mettais 6 mois tout irait bien mais je suis très perfectionniste, je veux que ce soit très utilisable, très fouillé donc je me donne un mal de chien pour que mon livre soit utile, efficace, compréhensible. Jʼy passe trop de temps cʼest ma faute.”

    Mais tu as raison dʼavoir cette volonté de faire les choses très bien.

    “Les retours sur mes livres sont toujours excellents, je sais que ça valait le coup de les écrire, que ça vaut le coup de les rééditer, de commencer le travail pour les mettre à jour. Je nʼai aucun regret là dessus.”

    Ton livre Le Cheval dʼextérieur, cʼest une bible. Cʼest la bible quand on veut partir en extérieur avec son cheval, de nombreux cavaliers citent dʼailleurs ton nom et ton livre quand dʼautres cavaliers sont en recherche de références sur le groupe Facebook alors bravo.

    “Cʼest cool.”

    Tous les cavaliers avec ma voix te disent merci.

    “Jʼadore quand quelquʼun me dit merci. ça met du carburant dans la machine.”

    Cette année ça a été une grosse année sportive avec les jeux olympiques et forcément la question de lʼhyperflexion est revenue sur le devant de la scène. Est-ce que tu trouves que les choses évoluent dans le bon sens en ce moment, c’est-à-dire vers un arrêt de cette pratique ?

    “Pas du tout. Je suis très investie (je dois avoir beaucoup dʼennemis), il y a vraiment dʼun côté des cavaliers désireux de bien faire et de lʼautre des gens qui veulent gagner en compétition et qui refusent dʼécouter ce que les scientifiques disent.
    Lʼhyperflexion apporte plein dʼavantages : on peut totalement modifier la locomotion dʼun cheval en lʼutilisant : on prend un cheval qui nʼa pas dʼallure et on va lui donner quelque chose qui ressemble à un vrai temps de suspension, si on regarde au ralenti cʼest une allure bricolée, ça se voit mais on peut gagner en compétition avec ce bricolage. Jusquʼici les juges nʼont pas lʼair trop embêtés pour donner de bonnes notes et tant que les juges (je parle du dressage) continueront à laisser gagner des cavaliers qui pratiquent on sʼen sortira pas).”

    Donc il y aurait quelque chose à faire : former peut-être les juges davantage en leur montrant les études scientifiques ?

    “Le dressage est devenu ultra populaire dans les années 2000 au moment où les cavaliers qui pratiquaient lʼhyperflexion sont arrivés sur le devant de la scène. ça a rendu les chevaux spectaculaires. Si le dressage redevient ce quʼil était : respectueux du cheval, du texte, du règlement, ce sera moins spectaculaire et la discipline pourrait retomber dans lʼoubli. ça nʼintéresse donc pas les parties prenantes, le dressage est devenu très suivi, générateur de beaucoup dʼargent et revenir en arrière ce serait accepter dʼavoir des chevaux que lʼobservateur moyen ne trouve pas plus intéressant que ça. Je pense que cʼest la racine du problème. Personne dans le monde du dressage ne veut retomber dans lʼoubli.”

    Donc ça pose vraiment aussi des questions économiques, des questions de visibilité de ce sport donc cʼest plus complexe quʼil nʼy paraît.

    “Je pense que ça explique les réticences de tout le monde. Je suis très investie dans le Collectif pour les chevaux.”

    Il y a un collectif qui a été créé par rapport à cette question ?

    “Oui et il est connu internationalement maintenant. La personne la plus active et la plus connue cʼest Eva Van Avermaet qui fait des conférences dans le monde entier, elle est vétérinaire. Cʼest la première à mettre en route lʼasso. On en parle sur les réseaux et cʼest grâce à elle essentiellement. Beaucoup de rumeurs fausses circulent sur elle parce que quand quelquʼun dérange on essaie de le rabaisser. Cʼest un phénomène classique mais atroce.”

    Conclusion de l’interview avec Véronique de Saint Vaulry

    Merci encore à Véronique de sʼêtre prêtée au jeu de cette interview.
    Je vous remets ici trois de ses livres, de grands classiques à avoir dans sa bibliothèque de cavalier passionné de balades et randos à cheval :

    Point sécurité important : les photos qui illustrent l’article sont des photos de l’époque où monter sans bombe était plus courant. Véronique, dans les mails que nous avons échangés ensemble, m’a demandé d’écrire un petit mot là-dessus. Elle monte maintenant depuis plusieurs années avec un casque.
    Pour en savoir plus, vous pouvez par exemple consulter cet article sur deux modèles (Casco et Uvex) qui sont parfaits en extérieur.

    veronique de saint vaulry et hexane
    Véronique de Saint Vaulry et Hexane

     

    Vous pouvez retrouver l’intégralité de l’interview en audio (1h15) dans la formation Balade Zen (on y parle équipement, travail à pied et en selle, gestion des peurs du cheval, l’utilisation des friandises, etc.).

  • Interview : 17 questions à Leny, dirigeant de Cheval Nature

    Interview : 17 questions à Leny, dirigeant de Cheval Nature

    Bonjour !
    Si vous aimez l’équitation d’extérieur, vous voudrez sans doute lire le guide des 16 astuces simples pour réussir ses balades à cheval. Cliquez ici pour télécharger le guide gratuitement ! 🙂

    Bonjour à tous, aujourd’hui je vous propose une première interview. J’ai posé des questions à mon ami Leny, dirigeant de Cheval Nature en forêt de Rambouillet.
    C’est un très bon ami  et c’est grâce à lui que j’ai rencontré Oural puisque c’était l’un de ses chevaux. Je me rappelle encore de ma première balade avec Oural, une balade de rêve où je m’étais dit tout du long que ce cheval était juste magique. C’était il y a 12 ans. C’est là bas aussi que j’ai commencé à faire mes premières balades seule avec Oural.

    Bref, vous l’avez compris, Cheval Nature a une place particulière dans mon coeur, c’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai continué l’équitation à un moment où j’aurais pu je pense arrêter : je montais en manège en banlieue parisienne mais j’y allais sans entrain et avec même à la fin la peur au ventre parce qu’un cheval en boxe avait failli me taper avec ses postérieurs à plusieurs reprises. J’étais allée voir le moniteur pour demander un peu d’aide mais la seule réponse que j’avais eue avait été : “On est galop 6 et on n’est même pas capable de préparer son cheval ?”.
    Les balades à Cheval Nature, à cette époque, étaient ma bouffée d’oxygène de cavalière alors je suis très heureuse que Leny se soit prêté au jeu de l’interview.

    Est-ce que tu peux te présenter ?

    “Depuis quelques années, je suis dirigeant d’un centre équestre de balade à cheval en forêt de Rambouillet, on fait de la location de chevaux pour l’extérieur

    On essaie de proposer une pratique de l’équitation pour tous, quel que soit le niveau, sans pression, sans prise de tête, juste le plaisir de monter à cheval. On fait ça depuis une trentaine d’années, en famille. ça marche bien, on a une bonne clientèle, l’activité convient à pas mal de personnes.”

    La location de chevaux à la balade, c’est une activité assez rare, comment l’idée est venue et comment elle a été mise en place ?

    “J’ai toujours connu ça car j’étais tout petit quand mon père a commencé. À l’époque il y avait énormément de collègues, il y avait du monde qui proposait ce genre d’activités. Et on s’est retrouvé assez seul à faire ça pour sans doute plusieurs raisons : beaucoup se sont arrêtés à l’âge de la retraite et personne n’a repris. À chaque fois les clubs étaient rachetés pour les installations mais plutôt pour faire du club ou de la pension. Et les personnes qui ont voulu se lancer dans l’extérieur et le tourisme équestre ont plutôt choisi de faire des balades accompagnées.

    Nous c’est resté, ce créneau est hyper demandé, aujourd’hui je ne me vois pas dire “non demain on accompagne tout le monde”, ça nous enlèverait une grande partie de la clientèle, ça coûterait cher à moins de tomber dans le défaut des balades avec 15 personnes, quel que soit le niveau et beaucoup de déçus.”

    Le fait de pouvoir partir en autonomie en balade c’est un critère déterminant pour les cavaliers qui viennent ?

    “Pas tous mais énormément. Ils veulent être libres, le côté “ je pars, je fais ce que je veux”. ça inclut par contre pas mal d’autres problèmes pour nous, notamment vous pouvez faire ce que vous voulez mais pas trop quand même !”

    Comment tu fais justement pour donner ta confiance au cavalier ?

    “C’est pas tant un problème de confiance. Y en a qui n’osent pas trop au départ, ils vont préférer partir un peu accompagné au début et au bout d’un moment ils se sentent donc ils partent seuls. Pendant très longtemps on ne faisait pas payer l’accompagnateur, maintenant on fait payer l’accompagnateur car c’est mine de rien un salaire et puis pourquoi faire payer la même chose à quelqu’un qui part seul sans accompagnateur ? On a donc un supplément accompagnement.
    Le plus gros problème c’est de dire voilà je le laisse partir seul mais j’espère qu’on va pas me ramener le cheval complètement rincé. Le cheval je lui fais confiance.

    Pour pallier à ça, comment fais-tu ? Les débutants partent-ils seuls ? Y a-t-il un niveau minimum ?

    “Alors effectivement il y a un niveau minimum pour partir seul.
    J’ai toute confiance en mes chevaux, on a quelques chevaux pour confirmés mais on a surtout des chevaux peu compliqués, pour tous niveaux, hyper fiables et calmes.
    Si on ne sait pas monter, le cheval va rester là et manger de l’herbe. Si on n’a pas le niveau suffisant, on ne risque donc pas grand chose niveau sécurité sauf de rien faire !

    Souvent on parle d’un galop 3 en niveau minimum, mais on se rend compte qu’un galop 3 peut ne pas sortir du club avec les chevaux parce que le cheval a décidé qu’il allait plutôt manger de l’herbe dans le club. Les gens n’insistent pas, redescendent.
    En dessous d’un certain niveau ça ne fonctionne pas, on va accompagner, et différemment selon le niveau des cavaliers (débutant ou galop 3 c’est pas les mêmes balades et l’idée c’est qu’on se fasse plaisir).”

    Au niveau des chemins, comment ça se passe ? Tu leur indiques la route ?

    “On donne des petites cartes et on conseille des itinéraires pour pas que les gens se retrouvent à faire que de la route. On leur donne un itinéraire type qui colle à la durée demandée en essayant d’expliquer le mieux possible avec un maximum de détails.
    Après avec les téléphones maintenant les cavaliers se débrouillent un peu et puis les chevaux savent rentrer. Le cheval, il rentre quoi qu’il arrive. “

    coucher de soleil et champ de colza

    Je voulais te demander aussi quelles étaient pour toi les qualités du cheval d’extérieur.

    “C’est des chevaux qui sont pas peureux, assez courageux, qui ont le pied sûr, gentils, qui vont pas faire de blagues, fiables, il faut pas que parce que le cavalier fait n’importe quoi dessus le cheval dise “aller hop toi t’es gentil tu descends et moi j’y vais” donc on cherche des chevaux en qui on peut avoir confiance.
    On essaie de trouver des chevaux assez confortables mais c’est pas notre priorité. On a pris des espagnols pendant un temps, on n’en a quasiment plus et je suis pas sûr d’avoir envie d’en reprendre car ils sont assez compliqués et aussi très fragiles et moins endurants.”

    Petite parenthèse, si cette question vous intéresse plus particulièrement, j’ai essayé de dresser le portrait du cheval d’extérieur idéal

    Quelles races de chevaux sont top pour partir en extérieur ?

    “On aime bien les trotteurs français, ce sont des chevaux gentils et souvent pas trop chers.
    On a aussi des selles français à Cheval Nature et des chevaux espagnols.
    Y a pas que ces chevaux là mais nous on les connaît bien, on arrive plus facilement à trouver celui qui va bien.”

    Si on revient aux trotteurs français, tu les prends jeunes c’est ça ?

    “Oui c’est ça, on les achète en sortie d’entraînement parce qu’ils n’ont pas les capacités nécessaires pour gagner des courses. Ils sont peu chers mais c’est quand même de moins en moins le cas.

    Les petites associations peuvent nous poser problème : ils veulent sauver les chevaux ce qui est bien mais ils nous les « piratent » un peu les chevaux et derrière nous on galère. Quand on va les voir pour acheter un cheval d’une annonce ils ne veulent pas nous le vendre car ils pensent “ah bah non vous êtes un club on veut pas vous le vendre” parce que comme on est un centre équestre de location de chevaux ils pensent qu’on va maltraiter les chevaux, ne pas les respecter (mentalité un peu limite) et quand ils sont pas forcément contre travailler avec nous et qu’on demande si le cheval est débourré ou pas, il peut ne pas l’être mais coûter deux à trois fois plus cher. Du coup le même cheval coûte plus cher mais ils n’ont rien fait avec à part peut être le dentiste donc pour le coup on bloque un peu.
    Mettre trois fois le prix du cheval s’il a été travaillé et qu’il est monté je suis pour, ça me fait gagner du temps mais parfois ce n’est pas le cas.

    Un réformé qui arrive à Cheval Nature, quel est son programme pour devenir un cheval de balade ?

    “Souvent ce sont des trotteurs qui ont fait des entraînements mais qui n’ont pas couru. Ils sont à peine débourrés. Donc on les récupère, on les met au pré, on les manipule un petit peu mais surtout on les laisse s’intégrer à leur nouvel environnement. On leur saute pas dessus direct. On veut voir le caractère, le comportement du cheval, s’il a pas de problème majeur et puis après on les travaille petit à petit, tranquillement, débourrage “en douceur”. On ne fait pas d’éthologie à proprement parler mais on prend le temps, c’est un travail sur plusieurs semaines, tous les jours, pas très longtemps. D’abord à pied, puis on commence à monter un peu dessus.

    Quand on commence avec un jeune cheval on va éviter de partir tout seul directement, on va forcément accompagner d’autres chevaux, on va choisir les plus froids parce que si c’est pour que le jeune cheval il commence en ayant l’exemple d’un cheval un peu stressé, qui fait des bonds, c’est pas un bon exemple. Souvent on les sort beaucoup sur des petites promenades débutant d’une heure avec les chevaux les plus froids.

    Après c’est une histoire de caractère aussi, si le cheval est un peu fin, un peu sensible, il sera forcément plus réactif à son environnement et là après c’est une histoire de cavalier. C’est là dessus qu’on commence à freiner un peu, ces chevaux là qui sont super sympas à monter, c’est des chevaux qui peuvent être un peu moins calmes en extérieur.”

    L’extérieur amène plein de situations différentes, des situations qui peuvent faire peur au cheval. Comment faire pour que cette réaction de peur diminue voire disparaisse ? 

    “Déjà, on essaie de prendre des chevaux courageux, pas peureux, pour qu’ils s’habituent rapidement à l’extérieur. Après comme ils vivent dehors, ça joue, ils sont confrontés naturellement à tous les bruits de l’extérieur. On a les faisans qui viennent manger avec eux donc quand ils croisent un faisan dans un champ ils ne font pas un bond sauf si le faisan déboule de nul part. Y a un moment on ne peut pas demander à un cheval de ne pas sursauter si un truc lui arrive comme ça un peu brutalement dans les jambes.

    On nourrit les chevaux avec un quad, que ce soit les granulés ou le foin, donc y a un moment où le quad ils n’en ont plus peur et quand ils en voient en balade pour eux c’est quelque chose de connu, les motos ça fait le même bruit. On passe tous les jours avec le tracteur télescopique, les premières fois quand on arrive les chevaux s’en vont et au bout de quelques jours, semaines, ou mois, ils n’en ont plus rien à cirer. Donc quand on croise un tracteur en balade c’est connu, tout va bien.
    Les mettre en contact avec ce qu’ils vont potentiellement avoir à rencontrer qui serait susceptible de leur faire peur c’est de la désensibilisation, c’est assez logique d’ailleurs que ça aide, ça les habitue. »
    Pour plus d’infos, vous pouvez aller voir cet article sur le cheval qui a peur des voitures

    cheval alezan et cheval bai

    Si on parlait maintenant des qualités du cavalier d’extérieur ?

    C’est l’écoute du cheval, là où on a le plus de souci c’est des cavaliers qui sont pas capables de s’adapter au cheval. Ils ont tellement l’habitude d’avoir des chevaux de carrière qui sont rompus au travail de carrière que souvent ils ont trop de main, ils tiennent les chevaux trop serrés et quand on leur dit “bah non c’est trop court, laissez les rênes”, eux pensent les avoir lâches alors qu’il manque bien 40 cm de longueur. Là c’est compliqué parce que comme le cheval n’aime pas avoir les rênes hyper tendues (nous on les monte très rênes longues), le cheval n’a qu’une envie c’est qu’on lui foute la paix.
    Un cheval d’extérieur ce n’est pas un cheval de carrière, on ne monte pas de la même façon.

    Après c’est le respect de l’animal. Quand on est en carrière avec un moniteur qui nous fait faire des trucs, c’est le moniteur qui fait arrêter les exercices. Nous quand on laisse partir les gens deux ou trois heures, c’est aux cavalier d’être responsables du cheval, on sera pas là pour leur dire “là c’est trop”. On sera là pour leur dire que c’est beaucoup trop pour le cheval mais quand c’est trop tard donc là c’est repos.

     

    chemin de balade à coté de Cheval Nature

    Je me demandais si tu ferrais encore les chevaux à Cheval Nature.

    “Oui, je le fais pour quasiment tous les chevaux de Cheval Nature. On le fait à deux, mon père et moi.”

    Si on parle balade et ferrure, est-ce qu’il y a des choses particulières pour la balade ?

    “On a des chevaux qui tournent pas mal et font pas mal de kilomètres.
    On a essayé de les déferrer par exemple mais c’est pas possible, il y a un long moment où le cheval ne marche plus donc on les ferre. On prend des fers un peu plus épais pour que ça tienne plus longtemps, au-delà de quatre semaines.
    Après en fonction du cheval on adapte aussi la ferrure, classique si pas de problème particulier, ou on adapte.  Les chevaux qui ont la sole plus sensible, on leur met des plaques.

    On adapte surtout la ferrure au pied du cheval, pas forcément à la balade à part pour la question de l’épaisseur du fer.

    On ne cure pas les pieds comme ça ils ont la sole un peu plus dure et plus résistante.” 

    Question matériel : comment trouver le bon filet, le bon mors quand le cheval arrive à l’écurie ?

    C’est empirique. Les jeunes chevaux on commence toujours avec des mors un peu légers et on voit comment ils réagissent.
    Si on voit que c’est un cheval qui est pas sensible à la main on va avoir tendance à mettre un mors (alors on a coutume de dire plus dur mais en fait le mors est dur si la main est dure), nous on n’a pas de problème avec l’idée des pelhams qui sont souvent mal vus mais si on tient pas les rênes on sait juste qu’on a un peu de freins si besoin, le cheval est mieux avec un pelham qui ne sert pas plutôt qu’avec un mors simple trop serré, après c’est chacun son école.

    Certains ne supportent pas la gourmette donc on change.
    Chez nous ils ont tous soit des goyos (petits mors brisés avec une gourmette) soit des pelhams.

    On essaie, on voit comment le cheval se comporte le mieux avec tel ou tel mors. S’il se comporte très bien avec un mors, on ne va pas changer.
    Si on sent que ça manque de frein on va monter un peu en puissance histoire de dire t’es gentil mais quand on te demande de t’arrêter quand même, on est dehors donc y a des routes, attention.
    Mais grosso modo on a 90% de goyos.”

    Est-ce que Cheval Nature continue les activités avec l’ONF et la police ?

    “Oui, cette année on a une vingtaine de chevaux loués pour la saison de l’été.”

    Du coup tu vas acheter de nouveaux chevaux que tu vas former et cet hiver tu vas te retrouver avec énormément de chevaux, comment tu fais ?

    “Alors on vend de plus en plus de chevaux. Avant on vendait un ou deux chevaux par an, maintenant on est plus à 5-6 par an et on communique un peu plus sur le fait qu’on vend des chevaux d’extérieur clés en main.”

    Merci Leny pour tes réponses à mes 18 questions !